C’est le deuxième mois consécutif où la différence entre les cotisations et les versements d’assurance vie est négative. La décollecte se chiffre en octobre à 1,4 milliard d’euros, à peine moins qu’en septembre. Il semble que la désertion sur ce produit d’épargne ne fasse que commencer.

Sous l’influence des marchés et de la conjoncture économique, l’assurance-vie enchaine les épisodes de décollecte. Cette marche arrière avait déjà été enclenchée lors de la crise financière de 2008. Rien d’étonnant donc à ce que ce scenario se répète en pleine tempête de la zone euro. Le recul de l’assurance-vie est même plus instantané qu’en 2008 puisque cette fois-ci ce sont directement les fonds en euros, vendus comme stables, qui sont menacés.

Résultat, les assureurs liquident plus d’épargne investie qu’ils ne placent de l’épargne, versent plus de prestations qu’ils ne collectent de cotisations. Indubitablement, l’assurance-vie traverse une crise de confiance avec – 1,8 milliard d’euros en septembre et – 1,4 milliard en octobre. Cette inversion de tendance est une première historique car, d’après les chiffres mensuels publiés par l’Association française de l’assurance (AFA), même en 2008, après un mois d’octobre épouvantable (- 3,1 milliards d’euros), la collecte redevenait positive en novembre. Signe que ce sont bien les marchés qui avaient motivé les épargnants en masse à procéder à des retraits. D’autres explications sont avancées par les assureurs.

L’assurance-vie progresse malgré la décollecte

Aussi impressionnant soient-ils, les chiffres négatifs de l’assurance-vie aux mois de septembre et d’octobre n’ont pas entamé sa progression sur l’année 2011. Ces annonces sont donc à relativiser.

Dans l’ensemble, l’assurance-vie a réussi à drainer 107 milliards d’euros d’économies sur ces dix premiers mois de l’année, marquant une baisse de 12%. Sur cette même période, les assureurs ont versé pour 89,3 milliards d’euros de prestations, affichant une hausse de 21 %. C’est donc une progression de 17,7 milliards d’euros. Cependant, cette collecte nette positive est, elle aussi, à relativiser car son montant est inférieur de 63 % à celle de 2010. Le coût d’arrêt est donc bien réel mais encore insensible. En effet, les encours de l’assurance-vie se chiffraient au total à 1375 milliards d’euros fin octobre, soit une nouvelle progression de 4 % en un an. Les collectes négatives de cet autonome ne sont peut-être pas bon signe, mais elles observent une parfaite neutralité sur l’évolution d’un produit de placement réputé être le préféré des Français.

Une décollecte bien justifiée

Décidément, l’assurance-vie cumule les difficultés. Hormis les paramètres économiques, beaucoup de contrats sont arrivés à l’heure de leur liquidation. La génération du baby-boom ayant atteint l’âge de la retraite, nombreux sont les épargnants qui liquident maintenant leur assurance-vie en complément de leur pension de retraite.

Toujours sur le plan individuel, beaucoup de personnes ont demandé les rachats totaux ou partiels pour couvrir des imprévus ou rembourser des mensualités d’emprunt.

Quant à la conjoncture économique, elle apparaît pour l’essentiel comme la cause de ce désamour qui a également freiné la progression d’autres produits d’épargne, même ceux à la rémunération garantie comme le Livret A, dont la collecte était médiocre en octobre. Sans même évoquer la situation des contrats d‘assurance-vie investis en unités de compte, les taux de rémunération des contrats en euros sont devenus négligeables. Par exemple, chez AXA, la performance des principaux contrats a été revue à 3 %, ce qui se traduit par 30 centimes de moins par rapport à l’an dernier.

Non seulement la rémunération des contrats d’assurance-vie s’est érodée, mais ils sont confrontés en France à une incertitude législative sur leur régime fiscal. Un certain attentisme est palpable surtout à la veille des élections présidentielles.

Ces éléments défavorables incitent les banquiers et les assureurs à attendre que l’orage passe et orienter leurs clients vers les livrets bancaires, les comptes de dépôts à terme… en somme, des produits « bilantiels » pour les banques, de nature à renforcer leurs ratios de liquidité.

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